Journée des vétérans autochtones : Un héritage de service et de sacrifice
Aux yeux de certains, Flanders Fields peut évoquer un souvenir lointain ou les vers d’un célèbre poème. Mais pour Stewart Point et Diane Herman, cela fait partie d’un héritage, d’un souvenir entretenu de génération en génération. Les histoires de courage et de sacrifice ne sont pas seulement préservées dans leur famille, elles sont également vivantes, transmises par la parole et gardées au plus profond des cœurs. C’est l’histoire de deux personnes dont les racines sont profondément ancrées dans une histoire que beaucoup considèrent comme en voie de disparition, mais qui, pour eux, reste plus vivante que jamais.
Une famille de vétérans : Courage et engagement
En faisant défiler les photos sur son téléphone, Stewart se remémore les visages et les souvenirs qui ont façonné son sens du devoir et du respect d’autrui. Membre de l’équipe des technologies de l’information (TI) à l’aéroport international de Vancouver (YVR) depuis 2019, Stewart parle chaleureusement de son grand-père, Joseph Pettis, qui a été appelé sous les drapeaux en novembre 1917, alors que la Première Guerre mondiale touchait à sa fin. Le service de Joseph a laissé une empreinte profonde sur Stewart, lui inculquant la fierté de son héritage et du courage transmis de génération en génération.
Cela dit, Joseph n’est pas le seul membre de la famille de Stewart à avoir répondu à l’appel pour protéger et servir. L’histoire de sa famille témoigne du courage de ses oncles, de ses parrains et de ses grands-parents, tous unis par leur engagement à préserver l’avenir. Leur service s’étend de la Première à la Seconde Guerre mondiale, en passant par le Vietnam et la Corée, où son oncle Archie Williams, décédé en 1977, a servi et préservé avec soin une impressionnante collection d’objets datant de la guerre de Corée. Bien qu’on ne sache pas exactement où ils se trouvent aujourd’hui, ces vestiges continuent de témoigner des histoires de bravoure et de sacrifice, gardant ainsi vivante la mémoire de ceux qui ont servi.
De même, Diane Herman, de la famille Grant de Musqueam et membre de l’équipe YVR depuis cinq ans, est issue d’une longue lignée de combattants et voue un respect similaire à son défunt oncle Paul Scotchman, qui a servi en tant que parachutiste pendant la guerre du Vietnam. « Je me rappelle qu’il était tellement fier d’avoir servi », partage Diane, qui se souvient de la fierté qu’il éprouvait à porter son uniforme ou sa casquette d’ancien combattant. En raison de restrictions, son oncle a dû s’enrôler aux États-Unis, un rappel des défis particuliers auxquels les anciens combattants autochtones ont dû faire face simplement pour servir.
Les conséquences invisibles : Un héritage de fierté et de douleur
Pourtant, l’histoire de la famille Stewart ne se résume pas à la fierté. Derrière les médailles et les souvenirs se cachent des histoires de frustration et de déception. Stewart se souvient de la désillusion que les membres de sa famille ont ressentie lorsqu’ils sont rentrés de la guerre, souvent traités comme des étrangers, négligés pour les avantages dont bénéficiaient les autres vétérans. Les vétérans autochtones se heurtent à des obstacles uniques : leurs sacrifices sont souvent éclipsés, leurs contributions diminuées dans le récit national.
Le jour du Souvenir, bien qu’il soit largement et légitimement célébré, éclipse souvent les contributions des vétérans autochtones. Stewart souligne l’importance de la Journée des vétérans autochtones, qui permet de se souvenir à la fois de ceux qui sont tombés au combat et de ceux qui ont survécu, en rentrant chez eux pour reconstruire leurs communautés. Créée en 1994, la Journée des vétérans autochtones reconnaît les sacrifices des 12 000 soldats des Premières nations, Métis et Inuits qui ont combattu dans les principaux conflits du 20e siècle, et dont plus de 500 ne sont jamais revenus.
Diane partage cette préoccupation et espère que davantage de Canadiens et Canadiennes comprendront pourquoi la Journée des vétérans autochtones revêt une signification distincte. « Chaque ancien combattant mérite qu’on lui rende hommage et qu’on se souvienne de lui », dit-elle en expliquant comment elle essaie de sensibiliser ses collègues, ses amis et sa famille à l’importance de cette journée.
Des contributions qui vont au-delà du champ de bataille : Les femmes de la guerre
La grand-mère de Stewart, Teresa, comme beaucoup de femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, a répondu à un appel différent pour s’engager. Elle s’est rendue à Seattle pour travailler comme soudeuse, construisant plus de 75 destroyers qui allaient naviguer dans le Pacifique. Pourtant, à son retour, elle a été confrontée à une double exclusion : en effet, non seulement elle n’a pas été prise en compte pour de futures possibilités de travail, mais son nom ne figurait pas non plus sur les listes officielles de reconnaissance des soudeuses.
Stewart se souvient de sa mère lui montrant un vieux journal, son doigt traçant une liste de noms. « Le nom de ma grand-mère n’y figurait pas », dit-il, alors qu’elle avait contribué autant que toutes les autres. Il a ensuite trouvé les archives de son service de guerre. Il fait une pause, repensant au moment précis de sa découverte. Le document, l’un des rares témoignages de son travail pendant la guerre, indiquait le mot « caucasien » en haut de la page.
Stewart laisse ce mot en suspens. « Cela peut sembler anodin, dit-il, mais c’est un rappel de la façon dont ils ont essayé de réécrire l’histoire pour effacer les contributions des autochtones aux combats pour la liberté et la démocratie. »
L’appel à servir est urgent : Construire un avenir commun
Lorsqu’on lui demande pourquoi les membres de sa famille ont ressenti le besoin de faire leur service, Stewart répond sans hésiter. « Ils se sont engagés dans l’espoir d’aider à construire un avenir pour le Canada, explique-t-il. C’est assez courageux, ce qu’ils ont fait, se battre sans garantie de retour. Mais ils l’ont fait parce qu’ils croyaient profondément que nous formons un seul pays et que nous devrions toujours veiller les uns sur les autres. »
Ce sentiment d’unité et d’objectif commun reste au cœur de l’identité de Stewart et c’est quelque chose qu’il espère que les générations futures continueront à valoriser. À ses yeux, le combat n’était pas seulement pour la liberté du Canada, mais aussi pour le bien-être des communautés autochtones, des motivations qui restent interconnectées encore aujourd’hui.
Le pouvoir du langage : La langue crie symbole de victoire
Méconnues de beaucoup, les langues autochtones ont joué un rôle essentiel au cours de la Seconde Guerre mondiale. La langue crie, parmi d’autres langues autochtones, a été utilisée comme code par les soldats autochtones des Forces armées canadiennes pour transmettre des messages sécurisés. Stewart en parle en expliquant comment les transmetteurs en code s’envoyaient des messages en langue crie, leurs mots étant indéchiffrables pour les forces ennemies.
« Le code morse est bien connu, mais peu de gens réalisent à quel point la langue crie et d’autres langues autochtones ont contribué à assurer la victoire, explique Stewart. Sans ces langues, il aurait été impossible de relayer des messages cruciaux sur le champ de bataille ». Au moment où nous célébrons la Décennie internationale des langues autochtones de l’ONU, qui a débuté en 2022, Stewart souligne l’importance de reconnaître ce rôle unique que les langues autochtones ont joué dans la réussite militaire du Canada.
Rendre hommage à l’histoire et à l’héritage autochtones
Stewart félicite le gouvernement pour son engagement en faveur de la réconciliation et de la reconnaissance de l’héritage autochtone, mais il admet qu’il aimerait que l’histoire, la langue et les contributions des autochtones soient davantage reconnues. Grâce à l’héritage de sa propre famille, il a appris la valeur de la liberté et la nécessité de protéger les droits fondamentaux, des leçons qui, il l’espère, trouveront un écho chez d’autres.
« La liberté et nos droits fondamentaux sont des choses pour lesquelles nous devrons toujours nous battre parce que la société est en constante évolution. Nous devons rester vigilants, car rien n’est garanti pour toujours », dit-il. Stewart espère que les prochaines générations perpétueront l’héritage de sa famille, en honorant ceux qui se sont battus non seulement pour le Canada, mais aussi pour leurs communautés autochtones.
Pour Diane, ce sentiment de fierté à l’égard de l’histoire de sa famille lui rappelle que la résilience de ses ancêtres est un héritage qu’elle espère transmettre. « Nous pouvons faire ce que nous voulons et trouver de la force dans notre identité et notre histoire », dit-elle en soulignant à quel point leur héritage de courage les guide, elle et ses filles.
Les célébrations de la Journée des vétérans autochtones et du jour du Souvenir : Un double hommage
Chaque année, Diane et Stewart assistent à la fois aux cérémonies de la Journée des vétérans autochtones et du jour du Souvenir, rendant ainsi hommage non seulement aux membres de sa famille, mais aussi à tous les vétérans autochtones qui ont combattu courageusement aux côtés de leurs homologues non autochtones. Depuis des années, YVR commémore à la fois la Journée des vétérans autochtones et le jour du Souvenir, reconnaissant l’importance unique de chaque occasion et l’impact plus large que ces événements ont sur la communauté. Pour ces deux collègues, ces cérémonies constituent un rappel significatif des valeurs partagées et des libertés durement acquises qui nous unissent tous.