« J'attendais les mots "exercice, exercice", mais ils ne sont jamais venus » : des employés de YVR se souviennent du 11 septembre, 25 ans plus tard
Pour les personnes qui travaillaient à YVR le 11 septembre 2001, il n'était pas possible d'observer l'histoire se dérouler à distance. Avec la fermeture de l'espace aérien américain et des dizaines de vols détournés vers Vancouver, 8 500 passagers immobilisés ont envahi les aérogares, en plus des milliers d'autres dont les vols au départ de l'aéroport avaient été soudainement suspendus.
À mesure que l'ampleur et l'horreur de ce qui s'était passé à New York, au Pentagone et en Pennsylvanie devenaient évidentes, les employés de YVR se sont retrouvés face à une situation sans précédent que personne n'aurait pu imaginer en se réveillant pour aller travailler ce matin-là.
Voici leur histoire : une journée dont on se souvient à travers les voix de ceux et celles qui l'ont vécue à YVR.
Brett Patterson, gestionnaire, Opérations côté piste
J'entrais dans le stationnement de YVR lorsque j'ai entendu à la radio la nouvelle d'un écrasement d'avion à New York. Il était un peu avant 6 h. Je me suis rendu directement à notre centre des opérations (où je savais qu'il y avait un téléviseur) juste à temps pour rejoindre notre chef de quart (dont le titre à l'époque était surintendant, Opérations aéroportuaires) et j'ai regardé le deuxième avion s'écraser dans les tours.
Dave Schneider, surintendant, Opérations côté piste
J'assistais à la conférence SWIFT à Calgary, en Alberta. J'étais encore dans ma chambre à me préparer pour la journée lorsque j'ai allumé les nouvelles. En voyant l'ampleur des dégâts, j'avais du mal à y croire. À ce moment-là, je pensais qu'il s'agissait peut-être d'un petit avion d'affaires ou de loisir (je ne pensais pas encore à une attaque terroriste coordonnée à ce stade). Pendant que je regardais, le deuxième avion a percuté la tour. Je suis descendu à l'étage de la conférence et j'ai rejoint le surintendant, Opérations aéroportuaires (Arnie Jassmann), qui était également présent. Les nouvelles étaient diffusées sur le grand écran de la salle de conférence, et les gens se tenaient là, incrédules.
Drew Pankrath, adjoint administrative, Ressources humaines
Je travaillais aux Ressources humaines de YVR le 11 septembre 2001. Ce jour-là, mon rôle a rapidement cessé d'être lié à mes tâches habituelles pour devenir beaucoup plus axé sur l'aide, partout où l'on avait besoin de moi. Et c'est dans l'aérogare que j'ai été le plus utile, à aider les gens.
Barb Maloney, gestionnaire, Service à la clientèle
J'étais sur le point de partir pour le travail lorsque j'ai reçu un appel du chef de quart des opérations m'informant que deux avions s'étaient écrasés sur le World Trade Center et que l'on ne croyait pas qu'il s'agissait d'un accident. J'attendais les mots "exercice, exercice", mais ils ne sont jamais venus.
Greg Sambrook, surintendant, Opérations aéroportuaires
Le 11 septembre 2001 était en fait mon huitième anniversaire de mariage et le quatrième jour de mes vacances prévues. J'ai d'abord pris conscience que quelque chose d'extraordinaire s'était produit lorsque le téléphone de la maison a sonné un peu avant 7 h. C'était mon beau-père. Sa première question a été : "Pourquoi n'es-tu pas au travail?"
Sylvia Wong, gestionnaire, Services financiers
C'est à ce moment-là que la réalité nous a vraiment frappés : ça allait être un chaos total dans le hall des arrivées et celui des bagages. Alors, à ce moment-là, on s'est dit : "Tout le monde sur le pont. On dépose nos stylos. On met nos dossards et on va sur le terrain avec tout le monde."
Danielle Moore, gestionnaire, Opérations aéroportuaires
Des gens de nos bureaux sont venus aider nos agents réguliers des opérations aéroportuaires à répondre au téléphone, car nous recevions tellement d'appels du monde entier, de gens qui cherchaient leurs proches et voulaient savoir dans quel aéroport ils avaient atterri.
À 0645 (HAP), la Federal Aviation Administration a ordonné la fermeture complète de l'espace aérien américain. Tous les avions commerciaux et privés déjà en vol ont reçu l'ordre d'atterrir immédiatement à l'aéroport disponible le plus proche, dans le cadre de l'opération Ruban jaune. Pour de nombreux avions et des milliers de personnes, cet aéroport a été YVR.
BP: Dès que nous avons été informés que l'espace aérien allait fermer et que des avions seraient détournés vers nous, nous avons immédiatement mis une équipe sur la tâche d'élaborer un plan de stationnement des aéronefs.
GS: J'ai levé les yeux et j'ai vu un 747 de Korean Air escorté par deux chasseurs canadiens. En regardant vers le nord, je pouvais voir ce qui ressemblait à une autoroute dans le ciel : de gros avions tournaient en rond au-dessus du Lower Mainland en attendant de pouvoir atterrir.
DM: Dès que l'ordre est venu de faire atterrir tous les avions, ils ont dû se poser. Nous avons donc fini par voir toutes sortes d'appareils que nous n'avions jamais vus ici auparavant.
BM: Seuls les passagers et leurs bagages à main ont été débarqués des avions détournés. Tous les bagages enregistrés ont dû être fouillés à la main par la police et des équipes canines. Vers 10 h (HAP), il y avait plus de 100 agents de la GRC sur place. À l'époque, il y en avait normalement 6 par jour. La plupart des passagers détournés n'avaient aucune idée qu'ils avaient atterri à Vancouver.
BP: Notre vice-président des Opérations se trouvait sur l'aire de mouvement avec un casque d'écoute, se branchant aux avions pour parler à l'équipage et lui expliquer ce qui s'était passé et ce que nous faisions pour les aider, eux et leurs passagers. La plupart ne savaient pas pourquoi on leur avait demandé d'atterrir à YVR – il n'y avait pas de téléphones intelligents en 2001, et il n'y avait pas non plus de télévision en direct à bord des avions.
DS: À notre débarquement, j'étais au téléphone avec Brett, qui m'a demandé de me présenter au centre des opérations pour aider à la logistique du déplacement systématique de chaque avion, un à la fois, vers une zone éloignée de l'aire de mouvement où les bagages pouvaient être retirés et inspectés par la GRC pour détecter la présence d'explosifs.
DP: YVR est normalement un endroit si bruyant. On entend le vrombissement des moteurs au décollage et le grondement des freins et des moteurs à l'atterrissage. Ce jour-là, ce rythme familier des mouvements d'avions s'est soudainement arrêté, à l'exception du remarquable défilé d'avions détournés qui arrivaient à YVR. C'était un contraste si étrange : un aéroport habitué au mouvement constant des avions, soudainement immobile d'une façon que je n'avais jamais vécue auparavant.
DS: En approchant de la piste 08R, nous pouvions voir des avions stationnés dans chaque espace disponible autour de l'aire de mouvement. Je n'avais jamais vu autant d'appareils au sol en même temps. Plus étrange encore était l'absence totale d'activité, partout sur l'aire de mouvement.
BM: Plusieurs des transporteurs détournés vers YVR n'avaient aucun personnel sur place. Il n'y avait personne pour les aider à trouver un hébergement, alors nous avons pris la relève. Nous avons travaillé avec Tourisme Canada pour trouver des chambres pour tout le monde, certaines aussi loin que Hope. En même temps, notre centre des opérations recevait des milliers d'appels du grand public offrant des chambres, des appartements, etc.
À 1106 (HAP), le gouvernement canadien a officiellement fermé l'ensemble de l'espace aérien canadien en réponse aux attaques terroristes du 11 septembre. Cela signifiait que tous les vols au départ de YVR étaient annulés, et l'aérogare ainsi que les routes environnantes se sont rapidement remplies de personnes ayant besoin d'assistance.
BM: La GRC a installé des barrages routiers pour s'assurer que personne d'autre ne puisse se rendre à YVR.
GS: J'ai immédiatement commencé à travailler avec divers services internes pour coordonner le débarquement des passagers, le contrôle de leurs bagages et l'inspection des avions. En même temps, nous essayions de déterminer comment nous allions gérer les opérations dans les jours à venir. Il est rapidement devenu évident que ce ne serait pas un événement de courte durée. La plupart, sinon la totalité, des initiatives opérationnelles mises en place ce jour-là n'avaient jamais existé auparavant.
BM: Nous avions des conférences téléphoniques avec Transports Canada toutes les deux heures pour discuter des changements réglementaires et de ce à quoi pourrait ressembler une réouverture de l'espace aérien. Nous avions également des séances d'information avec tous les transporteurs aériens, trois à quatre fois par jour.
GS: Un plan de mise en file au débarcadère a été créé pour gérer et diriger les passagers vers l'aérogare, encore une fois sans aucun modèle existant à suivre. Un espace a également été désigné au débarcadère pour des organismes comme l'Armée du Salut, afin d'offrir du soutien et des services alimentaires aux passagers immobilisés et aux employés de l'aéroport, un arrangement qui n'avait jamais existé auparavant. De plus, un programme a été mis en place pour mettre en contact les voyageurs immobilisés avec des membres du public prêts à offrir un hébergement temporaire chez eux, une autre initiative sans précédent. Ces exemples ne représentent qu'une partie des mesures extraordinaires qui ont été conçues, élaborées et mises en œuvre en temps réel.
DP: Il y avait tellement d'incertitude. Les gens attendaient, sans savoir quand l'espace aérien allait rouvrir ni ce qui allait se passer par la suite. Et pourtant, je ne me souviens d'aucune personne en colère.
Il y avait un véritable sentiment de connexion entre les passagers, et entre les passagers et la communauté aéroportuaire. Les gens étaient patients les uns envers les autres. Ils partageaient leurs histoires. Ils s'entraidaient. Dans une situation qui aurait pu si facilement devenir chaotique et effrayante, il y avait un incroyable sentiment de solidarité.
Je me souviens aussi de la rapidité avec laquelle les gens se sont mobilisés pour aider. Les employés faisaient tout ce qui était nécessaire, peu importe leur rôle habituel. L'accent était simplement mis sur le fait de prendre soin des gens et de soutenir l'exploitation.
Le 12 septembre, l'espace aérien canadien a progressivement permis la reprise limitée des vols intérieurs et essentiels. YVR est alors passé en mode rétablissement.
BM: Une fois les restrictions de l'espace aérien assouplies, les gens ont commencé à arriver en masse à l'aéroport. Il y avait tellement de monde que nous avons dû faire attendre les gens en file au débarcadère. Lorsque nous avons manqué d'espace au débarcadère, nous avons déplacé des voitures du niveau supérieur du stationnement étagé et créé un espace de mise en file pour les passagers des vols intérieurs et internationaux.
J'étais responsable des bénévoles qui aidaient à l'orientation, répondaient aux questions et distribuaient tout, des couvertures à la crème solaire, en passant par les barres granola et l'eau. Bon nombre des bénévoles étaient des membres du personnel de l'Administration aéroportuaire, mais aussi leurs amis et leur famille. Nous avons également eu des bénévoles des communautés du Lower Mainland qui voulaient simplement aider. L'Armée du Salut était sur place pour offrir de la nourriture et de l'eau à tout le monde.
GS: Quand nous avions le dos au mur, les gens se sont mobilisés, se sont adaptés et ont accompli ce qui était nécessaire, même en l'absence de plans ou de procédures établis. Cette expérience a démontré le professionnalisme, la résilience et le dévouement de l'équipe dans des circonstances extraordinaires.
DS: Ce qui se démarque de cette journée, c'est assurément le travail d'équipe, la détermination et le soutien mutuel. Cette attitude de « De quoi as-tu besoin et comment puis-je t'aider » qui a prévalu tout au long de ces circonstances très difficiles. Nous sommes restés unis, et nous avons pris soin les uns des autres.
BP: Ce jour-là, nous avons confirmé le fait que nous sommes un aéroport communautaire.
DP: Je pense que le 11 septembre m'a appris cela de façon très concrète. Au cœur d'une situation sans précédent, les gens n'avaient pas nécessairement besoin de quelqu'un qui avait toutes les réponses. Ils avaient besoin de quelqu'un pour les aider, pour les écouter, pour les orienter dans la bonne direction et pour leur rappeler qu'ils n'affrontaient pas cela seuls.
DM: En y repensant, on se souvient effectivement des bons côtés. Mais c'était le même groupe de personnes qui travaillaient ensemble, de la même façon que nous le faisons aujourd'hui à l'Aéroport de Vancouver.
Un total de 34 avions transportant 8 500 passagers, soit plus que dans tout autre aéroport canadien, ont été détournés vers YVR le 11 septembre 2001.
Aujourd'hui, 25 ans plus tard, bon nombre des plans opérationnels et des protocoles d'intervention en cas de crise mis en place à ce moment-là demeurent en vigueur à YVR, et les événements de cette journée ont façonné de manière incommensurable notre communauté aéroportuaire et l'industrie de l'aviation. Ce qui demeure également, c'est le souvenir des vies perdues et des efforts communautaires extraordinaires déployés pour assurer la sécurité et le confort des gens en ces temps incertains.